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Wednesday, September 18, 2019

MOI : énergie renouvelable de l'océan

Jay Doorga, océanographe : «Maurice doit montrer la voie en matière d’énergies renouvelables»


Jay Doorga
Le Mauritius Oceanography Institute (MOI), à Albion, a lancé en début du mois de septembre un prototype d’une mini centrale qui utilise l’énergie des vagues pour produire de l’électricité. Jay Doorga, Lead Researcher et Physical Oceanographer au MOI, estime que l’avenir des énergies renouvelables passe par l’océan.
Comment a germé l’idée de créer une mini centrale basée sur l’énergie houlomotrice ?
Ce projet s’insère dans le cadre d’une série d’études que le MOI a menée au cours de ces dernières années. Auparavant, nous avions mis en place des « wave and tide recorder » dans des endroits stratégiques à travers le pays afin de mesurer la hauteur des vagues. D’ailleurs, l’un des objectifs du MOI c’est de fournir au gouvernement des données précises dans différents domaines de l’océanographie. Nous avons ainsi voulu pousser nos études plus loin en venant de l’avant avec un dispositif qui capte l’énergie des vagues afin de produire de l’électricité. Il faut aussi comprendre que Maurice consomme beaucoup en termes d’énergies fossiles et il est impératif de diversifier nos ressources énergétiques.
Quels sont les endroits dits stratégiques ?
Les études sont principalement menées à Flic-en-Flac, Le Morne, Trou-d’Eau-Douce, Tamarin et Grand-Baie. Cela dit, notre but c’est de couvrir le plus de régions possibles dans le but de catégoriser le régime des vagues. Récemment, le MOI a publié un article dans un journal en Allemagne axé sur la surveillance des régimes d’onde des vagues autour de Maurice mais les points de collecte des données étaient espacés. À présent, nous souhaitons diminuer la distance entre ces points pour affiner les données. 
Pouvez-nous expliquer le fonctionnement de la mini centrale ?
Il existe plusieurs dispositifs de ce genre construits selon les normes internationales. Celui que nous avons mis au point est basé sur un système à colonne d’eau oscillante. Il se compose d’un socle non immergeable sur lequel est rattaché un générateur. À chaque fois que l’eau de mer se déplace dans le dispositif, une « colonne » d’air est poussée vers le haut de l’appareil et permet de faire fonctionner le générateur d’électricité.
orsque la vague et l’air se rétractent, la turbine tourne dans l’autre sens et continue à produire de l’énergie. Il faut saluer l’excellent travail accompli par les chercheurs de l’Université de Maurice qui ont travaillé sur le circuit électronique de la mini centrale. 
Quelle est sa capacité de production ?
Actuellement, la mini centrale peut produire jusqu’à 200 watt d’électricité mais elle a la capacité d’en produire 300W. Néanmoins, cela dépend aussi du générateur que nous avons utilisé. On a opté pour un projet à budget « low cost » et le coût pour mettre au point ce dispositif nous est revenu à environ Rs 25 000 ce qui est très abordable. Notre objectif est d’exploiter ce concept au maximum afin que les Mauriciens puissent en profiter surtout ceux résidant dans les villages côtiers.
La position géographique de Maurice dans l’océan Indien est idéale dans la mesure où nous avons des vagues propices à la production d’électricité grâce au «South-East Trade Wind».
Une fois en mer, quels sont les coûts associés à ce dispositif ?
Uniquement des coûts indirects comme par exemple les frais associés pour le « monitoring » de la centrale. Sinon, l’appareil lui-même ne gère aucun coût.
Pensez-vous que Maurice peut miser en partie sur cette technologie pour produire de l’électricité dans l’immédiat ?
Oui, je le crois fermement car on est entouré par la mer et c’est notre ultime ressource. Aujourd’hui, la grille énergétique se compose d’environ 80% de combustibles fossiles qui commencent aussi à s’épuiser. L’avantage avec la mer c’est que l’énergie produite par les vagues est constante contrairement à l’énergie solaire qui est exploitable uniquement le jour. Parallèlement, la position géographique de Maurice dans l’océan Indien est idéale dans la mesure où nous avons des vagues propices à la production d’électricité grâce au « South-East Trade Wind ». Il nous faut tirer avantage de cela car le dispositif que nous avons mis en place n’a besoin que des vagues de 1 à 1,5 mètre pour fonctionner.
Quel est le potentiel de Maurice dans ce domaine ?
À Maurice, nous avons trois facteurs qui expliquent la création des vagues : les conditions cycloniques, le South-East Trade Wind et des houles. Dans le Nord, les vagues sont générées principalement en périodes cycloniques tandis que dans le Sud, elles sont produites tout au long de l’année. Dans le sud-ouest du pays, nous avons les fortes houles qui viennent du Pacific. Donc, le potentiel réside dans l’exploitation des régions du Sud à l’instar de Baie-du-Cap. Les petits villages se trouvant dans cette région pourront facilement être alimentés en électricité par l’énergie houlomotrice.
Se tourner vers l’énergie des vagues permettrait-il de faire baisser le tarif d’électricité à Maurice ?
Oui. Comme je l’ai dit, nous utilisons environ 80% de combustibles fossiles pour produire de l’électricité. Si nous parvenons à diversifier nos ressources énergétiques, il est certain que le coût relatif à la production d’électricité par les combustibles va baisser. 
Le gouvernement dit vouloir miser au maximum sur les énergies renouvelables mais certains projets tardent à se concrétiser. Craignez-vous que le projet du MOI ne soit pas mise en œuvre ?
Le gouvernement n’a de cesse exprimé le souhait de se tourner vers le « green energy » et j’aimerai souligner que le ministère de l’Économie océanique a approuvé ce projet en 2017. Le MOI souhaite à présent exporter ce concept à Agalega et je suis certain que cela va séduire plus d’un car le projet englobe deux aspects clés : l’exploitation de l’océan et les énergies renouvelables. Actuellement, Agalega est alimentée en électricité grâce à des générateurs.
Toujours dans le domaine maritime, Maurice peut-elle exploiter l’énergie marémotrice ?
À Maurice, le régime des marées est très bas. À titre d’exemple, la différence entre la marée haute et la marée basse est de 50 cm seulement alors que dans d’autres pays, elle peut atteindre 7 m. Mais il existe différents types de technologie pour exploiter l’énergie des marées comme celle utilisant les barrages ou les détroits. Mais à l’avenir, Maurice peut songer à exploiter l’énergie produite par les courants d’eau surtout dans le sud du pays.
À l’avenir, comment voyez-vous le paysage énergétique à Maurice ?
Il est impératif de se tourner vers les énergies renouvelables vu l’impact du réchauffement climatique sur notre environnement comme la fonte des glaces, les incendies de forêt ou encore l’accélération du processus de désertification. Je pense que Maurice doit montrer la voie en matière d’énergies renouvelables car les ressources sont déjà là. Il suffit de commencer à les exploiter. 

Tuesday, September 3, 2019

Énergie des vagues



Passer à des sources propres et renouvelables d'énergie plutôt qu'à des combustibles fossiles est l'un des objectifs du Budget 2019/2020. Les chiffres de 2018 démontrent que la production d'électricité a augmenté de 0,4 %, passant de 3 120 GWh en 2017 à 3 132 GWh, dont 79 % (2 483 GWh) provenant de sources non renouvelables et 21 % (649 GWh) de sources renouvelables, selon les chiffres de Statistics Mauritius.






L'importation de combustibles composés de produits pétroliers (59 %) et de charbon (28 %) a représenté 87 % des besoins totaux en énergie primaire en 2018. Les 13 % restants provenaient de sources locales, à savoir la bagasse, l'hydroélectricité, l'éolien, le gaz d'enfouissement, le photovoltaïque et le bois de chauffage.
Pour commencer, à Maurice, un parc éolien a été installé à Plaine-des-Roches, huit nouveaux parcs solaires sont opérationnels et deux autres devraient être achevés d'ici l'année prochaine. En outre, plus de 2 500 systèmes solaires sur les toits ont été installés dans de grands bâtiments commerciaux et résidentiels, ainsi que dans des coopératives et des PME.
Parmi les autres initiatives clés, il y a l'installation d'une batterie de stockage de 4 MW qui sera portée à 18 MW d'ici 2020 afin d'accroître l'intégration des énergies renouvelables dans le réseau et l'installation de 10 000 panneaux solaires, dont 1 000 ont été installés, dans le cadre des projets solaires domestiques lancés en 2017, sur les maisons de familles à faibles revenus, qui bénéficieront mensuellement de 50 kWh d'énergie gratuite pendant une période de 20 ans.

Projets non-exploités

Mais les océanographes physiciens du Mauritius Oceanography Institute (MOI), qui ont travaillé sur le protype du convertisseur de l'énergie des vagues (wave energy converter), évoquent qu'il faut diversifier les sources d'énergie renouvelable. «L'énergie éolienne et solaire sont de nature intermédiaire et nos ressources terrestres diminuent, alors que le vent est plus constant. La situation géographique de Maurice est propice à l'exploitation de l'énergie des vagues», estiment-ils.
Ils ont de ce fait lancé un prototype de convertisseur et leur recherche détermine que le sud du pays est le site le plus approprié pour exploiter l'énergie des vagues. Leur appareil peut produire 500 W d'électricité. Un cinquième de cette production pourrait suffire pour alimenter un petit village.
L'énergie des vagues est au moins trois fois plus prévisible que l'énergie éolienne. La proximité des sites d'énergie est plus favorable et minimise les problèmes de transmission.
«Les projets des scientifiques sont lancés car ils sont intéressants. Ils réussissent à avoir des sponsors mais ne sont pas exécutés par la suite», a soutenu un membre de Business Mauritius lors du séminaire sur le lancement des prototypes jeudi dernier au MOI à Albion. La question est : le projet sera-t-il implémenté. Maurice exploitera-t- elle l'énergie des vagues ?
D'autre part, lors de son discours, Ivan Collendavelloo, le ministre de l'Énergie, a fait un appel au secteur privé pour financer ces projets mais qu'en est-il de la mise en oeuvre ?
Il y a eu plusieurs recherches sur l'offshore wind, au dire d'un membre du Mauritius Research Council (MRC). Mais comme le mentionne Tyagaraja Cunden, de la faculté de développement durable et ingénierie de l'université de Maurice, les projets offshore sont deux fois plus chers et nécessitent de grosses turbines, ce qui pourrait avoir un impact sur la beauté du pays alors que le taux du tourisme est déjà en baisse. Mais d'autre part, l'électricité produite à terre comparée à l'offshore est plus faible.
Par ailleurs, en 2013, une étude de faisabilité a permis de déterminer l'énergie potentielle des vagues de Maurice et autres. Éventuellement, en 2016 et 2017, Carnegie Wave Energy Ltd, un leader dans l'exploitation de l'énergie des vagues pour la production d'électricité et d'eau dessalée, a lancé en novembre 2015, en partenariat avec le MRC, le projet 'High Penetration Renewable Energy RoadmapWave Resource Assessment and Wave-Integrated Micro grid Design in Mauritius'. Le projet a été financé conjointement par Carnegie (19 %) et le gouvernement australien (81 %). Mais l'énergie des vagues n'a toujours pas été exploitée.

Objectif possible

Un Renewable Energy Roadmap 2030 a été lancé le 21 août avec l'objectif de permettre la production optimale d'énergie à partir de ressources renouvelables. Ce plan permet de tracer la voie du développement de technologies des énergies renouvelables, en diversifiant le mix électrique de Maurice et en adoptant des sources d'énergie plus propres.
Il fournit des informations sur les possibilités d'investissement à court et à long termes dans les énergies renouvelables, notamment le solaire, la biomasse, la valorisation énergétique des déchets, l'éolien terrestre, l'hydroélectricité, l'éolien offshore et les vagues. En outre, c'est bien d'avoir des objectifs mais il faudrait un premier pas de concrétisation.
Notre interlocuteur du MRC avance que nous devrions envisager l'exploitation de l'énergie des vagues et car il est possible d'atteindre un objectif de 60 % d'énergie renouvelable avant 2035 avec la modernisation du système d'alimentation.

Énergie des vagues: en attente d'un pas initial de concrétisation