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Wednesday, December 18, 2019

Une excellente nouvelle ! 50 ans d'effort pour l'Echo Parakeet

Espèces en voie de disparition - Echo Parakeet : chouette à savoir ! 


La population totale des grosses cateaux vertes estimée à plus de 800 oiseaux.
Aujourd’hui marque un jalon important dans les 50 ans d’efforts de conservation pour sauver la grosse cateau verte, dernier perroquet endémique des Mascareignes. L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) a annoncé le mardi 10 décembre 2019, le déclassement de cette espèce mauricienne sur sa liste rouge des espèces menacées. La grosse cateau verte se voit passer ainsi de la catégorie « En danger » à « Vulnérable »
Le Dr Vikash Tattayah, directeur de conservation au Mauritius Wildlife Foundation, indique que l’Echo Parakeet est connue sous le nom de Psittacula Eques par les scientifiques. Il explique que la grosse cateau verte a subi un déclin notable de sa population en réponse directe à la perte des forêts endémiques mauriciennes; la végétation indigène a périclité, passant d’une couverture complète de l’île à, aujourd’hui, moins de 1,5 % de forêts de bonne qualité. « De plus, la grosse cateau verte a également souffert de la présence de nombreuses espèces prédatrices introduites, comme les singes, les rats et les chats ou bien concurrentes telles que les martins et les perruches d’Inde », soutient le Dr Vikash Tattayah. À la fin des années 70, la grosse câteau verte était ainsi devenue l’un des perroquets les plus rares au monde avec moins de 20 oiseaux à l’état sauvage, regroupés aux Gorges de la Rivière-Noire.
 La Mauritius Wildlife Foundation a donc mis en place un programme d’élevage en captivité dans le village de Rivière-Noire en 1975, dit-il. Toutefois, les techniques d’élevage de la grosse câteau verte et les problématiques liées à la gestion en captivité ne seront pleinement maîtrisées qu’au début des années 90, ajoute le Directeur de Conservation.  
Dès lors, le nombre d’oisillons produits par les oiseaux en captivité a considérablement augmenté et la gestion des oiseaux survivants à l’état sauvage s’est aussi sensiblement améliorée, précise le Dr Vikash Tattayah. Il indique aussi qu’en 1997, suffisamment d’oiseaux ont été ainsi élevés en captivité pour pour pouvoir essayer de les relâcher avec trois oiseaux dans la forêt de Macchabée. « Les oiseaux relâchés ayant été formés pour se ravitailler en nourriture complémentaire grâce à des mangeoires spécialement conçues, enseignaient par la suite assez rapidement à leur tour aux oiseaux sauvages. Les oiseaux élevés en captivité étaient aussi habitués aux nichoirs, notamment des nids artificiels en bois. Ils les reconnaissaient lorsqu’ils étaient placés dans la nature », soutient le directeur de conservation. Pourtant, dit-il, les tentatives précédentes d’inciter les grosses cateaux vertes sauvages à utiliser les nichoirs avaient été vaines jusque-là.
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La grosse cateau verte est un modèle d’effort de conservation. 

Les actions de conservation 

« Pendant une grande partie des années 90 et au début du 21e siècle, la grosse cateau verte a été l’une des espèces d’oiseaux la plus étroitement gérée au monde », soutient le Dr Vikash Tattayah. Enumérant les différentes actions de conservation, il cite les relâchers d’oiseaux, l’amélioration des nids, l’installation de nichoirs artificiels, l’alimentation complémentaire, l’élevage en captivité, le maniement et le sauvetage d’œufs et d’oisillons, le contrôle d’espèces prédatrices et concurrentes, entre autres. Des relâchers ont également eu lieu sur d’autres sites tels que Combo en l’an 2000, Bel Ombre en 2003, la Vallée de Ferney en 2015 et Ebony Forest en 2018.

Victimes de la maladie du bec et des plumes 

En 2004 et 2005, un virus introduit extrêmement virulent, provoquant la maladie du bec et des plumes, le PBFD (Psittacine Beak and Feather Disease), a frappé la population grosse câteau verte. La manipulation fut alors aussitôt réduite afin d’éviter la propagation de la maladie. Fort heureusement, malgré une forte mortalité d’oisillons et de juvéniles, la maladie n’a pas endigué la croissance de la population de l’espèce, soutient le Dr Vikash Tattayah. En 2007, la grosse cateau verte fut donc déclassée de la catégorie « En danger critique » à « En danger ». 
Toutefois, les zones comportant des forêts endémiques de qualité comme Brise Fer, Macchabée, Mare Longue et Bel Ombre, sont grandement utilisées par la grosse cateau verte pour ses besoins d’alimentation et de nidification, souligne le Dr Vikash Tattayah. 

Plus de 800 oiseaux actuellement à Maurice

La population totale des grosses cateaux vertes est actuellement estimée à plus de 800 oiseaux, un net progrès comparé au faible nombre enregistré dans les années 70, 80 et 90. 
Le Dr Vikash Tattayah indique que les relâchers dans les montagnes de Bambous (Vallée de Ferney) et Chamarel (Ebony Forest) s’annoncent prometteurs, avec des reproductions confirmées à la Vallée de l’Est (Montagnes de Bambous). « Les plus récentes sous-populations permettront d’atteindre mille oiseaux dans les années à venir », affirme-t-il. Il précise toutefois que la restauration de l’habitat doit continuer à s’étendre, que l’importation d’espèces envahissantes de perruches et de plantes doit être suspendue, et que la gestion rigoureuse de l’espèce doit être poursuivie. Et bien que le dernier déclassement soit un encouragement pour tous ceux impliqués, le travail doit continuer, annonce-t-il. Il ajoute que la grosse cateau verte est un modèle d’effort de conservation pour les autres perroquets menacés à travers le monde.  

Des centaines de biologistes de terrain à l’œuvre 

Son succès n’aurait pu être possible sans le dévouement et le travail assidu de centaines de biologistes de terrain au fil des années, précise le Dr Vikash Tattayah. En effet, plusieurs organisations ont également apporté un soutien considérable, ces dernières décennies, à cette démarche de la Mauritius Wildlife Foundation. Notamment le National Parks and Conservation Service et le Forestry Service de Maurice, mais encore des organismes de soutien internationaux tels que le Chester Zoo du Royaume-Uni, la Durrell Wildlife Conservation Trust de Jersey, la World Parrot Trust du Royaume-Uni et Loro Parque (Ténérife), ainsi que les universités de Kent, East Anglia, Reading, Zoological Society of London, les agences internationales et régionales de financement programmatique telles l’UNDP GEF Small Grants Programme et le Critical Ecosystems Partnership Fund, ou encore les partenaires privés locaux dont Ferney Co. Ltd, Ebony Forest, Mauritius Commercial Bank, IFS Foundation, et Terra Foundation, entre autres. 
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Sunday, November 24, 2019

Protection de la biodiversité

Protection des oiseaux endémiques : des Kestrels et des … hommes


Le climat change. Le comportement des oiseaux endémiques aussi. En 1980, il ne restait plus que quatre Mauritius Kestrels sur l’île. Après une possible surestimation de 600 individus en 2003, leur population est passée à 350 en 2019. Ces birds of prey habitent majoritairement sur les côtes est et ouest de Maurice. La conséquence d’un travail de conservation intensif dans les montagnes Bambous et celles de Rivière-Noire. Cette semaine, Le Dimanche/L’Hebdo vous propose une incursion dans la Vallée-de-Ferney en compagnie des biologistes-conservateurs de la Mauritius Wildlife Foundation pour observer de plus près cette espèce menacée. 
L’histoire que nous allons vous raconter est celle de Pépita et de sa tribu de crécerelles de Maurice qui vivent sur le domaine privé de 2 800 hectares à Ferney. Situé sur la côte sud-est de Maurice, ce site historique, où les premiers Hollandais se sont installés, abrite aujourd’hui l’une des dernières forêts endémiques de Maurice en dehors du Parc National, mais encore une biodiversité unique grâce à une réserve naturelle à l’initiative de La Vallée-de-Ferney Conservation Trust. Ce dernier, en collaboration avec la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), préserve la faune et la flore endémiques présentes dans cette zone de conservation, grâce à un partenariat public-privé entre le groupe CIEL et l’Etat mauricien. Ainsi depuis 2007, plus de 25 000 plantes et environ 200 oiseaux endémiques ont été réintroduits y compris des espèces en voie de disparition telles que le Pink Pigeon, le Kestrel, l’Echo Parakeet, le Flycatcher ou le Cuckoo Shrike entre autres. 

Les biologistes de la Ferney Station

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Sion Henshaw
Il est dix heures. Une casquette vissée sur la tête et vêtu d’un t-shirt, d’un pantalon et des chaussures de randonnée, le Fauna Manager de la Mauritius Wildlife Foundation, Sion Henshaw, nous accueille à la réception de la réserve naturelle de La Vallée-de-Ferney. Après un brin de causette rapide, nous prenons place dans un pick-up de la MWF pour aller à la Ferney Station où l’équipe des Mauritius Kestrel Field Biologists est en poste. 
Après un trajet rocailleux, nous arrivons sur place. « Depuis 2012, cette station a été mise à la disposition de la MWF. Nous avons environ 10 biologistes, mauriciens et expatriés, qui y vivent six jours sur sept. Chaque matin, ils sont dans la forêt pour l’observation et la collection des données essentielles pour la conservation sur les différents projets de la MWF », explique Sion Henshaw. Et d’ajouter qu’en période de reproduction des Kestrels, les conservateurs ont à l’œil les œufs dans les nids que la MWF place dans le cadre de la conservation, dans différents lieux de la réserve naturelle de Ferney. Par ailleurs, dit-il, une partie des œufs est aussi collectée pour être ensuite envoyée à la volière de Rivière-Noire. À savoir que celle-ci est gérée par la MWF et les officiers du National Park and Conservation Service (NPCS).
« Après l’éclosion des œufs, les poussins sont élevés à la main pendant 20 à 28 jours. Et lorsqu’ils sont en état de voler, ils sont relâchés dans la partie ouest de Maurice pour relancer la population des Mauritius Kestrels dans le National Park à Rivière-Noire », renchérit-il.

La rocailleuse exploration forestière 

Sion Henshaw nous présente ensuite l’équipe de la MWF qui travaille sur les divers projets : Kestrel, Pink Pigeon et Echo Parakeet entre autres. Pour cette rocailleuse exploration dans la réserve naturelle de La Vallée-de-Ferney, nous avions à faire un trajet de plus de 5 kilomètres en altitude en compagnie de la Mauritius Kestrel Project Team : les biologistes Benoit Gaude (Français), Nathan Delmas (Français), Katiana Saleiko (Allemande) et Gonzalo Paez (Espagnol). Nous apprenons que le seul Mauricien de l’équipe est Joshua Hollandais. « Il n’est pas là aujourd’hui. C’est son anniversaire », dit Sion Henshaw dans un éclat de rire. 
Leurs équipements en main et leurs sacs dans le pick-up, les conservateurs prennent le chemin de la forêt. Après des virages et énièmes sentiers rocailleux, Sion Henshaw s’arrête brusquement au 2e nid des Kestrels. Ses jumelles en main, il sort de son véhicule. « It might be a Flycatcher up there. Common guys! », annonce-t-il à cette équipe dont il est venu faire la formation des nouveaux venus concernant la technique de conservation connue sous le nom de Tagging, dont notamment celle des bébés Kestrels dans les nids placés par la MWF à différents endroits de cette forêt.

Baguer les bébés 

Un à un, les biologistes pénètrent la dense forêt. Benoit Gaude, un seau sur les épaules, grimpe à un arbre pour atteindre le nid des Kestrels. Il donne quelques petits coups sur la boîte pour ensuite l’ouvrir tout en criant : « There are 3 in it ». Avec précaution, le biologiste français les retire un par un, tout en mettant chacun d’entre eux dans des petits sacs noirs qu’il noue avant de les plonger dans le seau. Puis il descend de l’arbre et se rend sur le spot identifié par la biologiste Allemande Katiana Saleiko afin de commencer l’exercice du Tagging. Cela fait 10 ans que Sion Henshaw travaille pour la MWF. Maîtrisant cette technique de conservation, essentielle pour la collection des données afin de restaurer la population des Mauritius Kestrels à Maurice pour les 100 prochaines années selon le souhait de la MWF, le jeune homme de 32 ans explique aux autres biologistes comment baguer avec minutie les bébés Kestrels.

Les étapes

Benoit Gaude mesure le poids du premier oiseau dans le sac noir. Ensuite, il retire l’oisillon pour vérifier ses pattes. Puis il mesure sa tête tout en passant au crible son beau plumage. Entre-temps, Katiana Saleiko lui tend un sachet, préparé au préalable, dans lequel se trouvent deux tags en plastique comportant une combinaison de couleurs spécifiques et un autre en métal avec des numéros. Un à un, Benoit les enfile aux pattes du nouveau-né, tout en les collant avec précaution. Dans son coin, Katiana note, elle, les mesures  dans un petit carnet : poids, taille des plumes, de la tête, parmi tant d’autres. Ces données sont essentielles à la conservation car elles permettront aux équipes de biologistes actuelles et futures de la MWF d’établir un suivi de la population des Kestrels présente dans la réserve naturelle de Ferney et ailleurs. Elles permettent aussi de compiler des rapports sur ces observations. Sion explique ensuite à Benoit la technique de prise d’un échantillon de sang du bébé Kestrel.

La prise de sang 

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Katiana Saleiko.
Toujours avec précaution, le biologiste tient l’oisillon dans les mains et cherche une veine en déployant tout doucement ses ailes. Après avoir appliqué de l’alcool sur cette zone, il prend l’aiguille d’une seringue que lui tend Katiana pour prélever un échantillon de sang de l’oiseau. Gonzalo Paez, lui, vient appliquer de la cicatrine sur cette même zone. Ensuite, Sion prend dans ses mains l’oiseau avec ses tags aux pattes et Benoit pèse le sac vide afin de donner à Katiana, une idée du poids du bébé Kestrel. « Since 1990, MWF records information on the Mauritius Kestrel through this tagging process.
These data help us to understand their genetics. Since labworks is very costly, we often have collaboration with Phd and other university students for deeper analysis of these data which enhance the research work on the Mauritius Kestrels carried out by the MWF. We also do monthly monitoring as well as annual reports for these birds of prey », indique Sion.  Puis, il désigne le deuxième oisillon à Nathan Delmas pour le baguer, en lui faisant respecter les mêmes principes. Et pour gagner du temps, Sion décide de baguer le 3e bébé Kestrel, tandis que Katiana continue de noter les données, Gonzalo Paez, jumelles en main, scrute les arbres au moindre cri des Kestrels adultes venus apporter à manger à leurs bébés dans le nid. « Guys, I think we missed two food passes. The Male Kestrel came with a Gecko.  The female came with a second one », dit-il. Katiana tourne la page de son carnet pour noter ces informations. Tandis que Nathan Delmas enjambe l’arbre où se trouve le nid afin d’y redéposer les oisillons.
Après avoir désinfecté et ramassé tous les équipements, la Mauritius Kestrel Team prend le sentier de sortie pour aller jusqu’au pick-up. Sion nous invite à voir un autre nid sur le chemin du retour. Sur place, nous en profitons pour faire des photos. Il va sans dire que l’équipe de MWF s’est fait un malin plaisir de nous faire grimper une pente pour aller voir ce nid perché sur un grand arbre. Si les biologistes sont agiles comme des singes pour grimper aux arbres, nous, nous avons eu le souffle coupé à mi-chemin.

L’influence du climat sur mon espèce 

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Perchée sur la branche d’un grand arbre, Pépita, la Kestrel Mauricienne, se dégourdit les pattes en un faible battement d’ailes. De taille moyenne, elle est facilement identifiable à son ventre blanc crémeux tacheté de noir. Son cou et ses ailes le sont également. Elle a la tête de couleur châtain. Autrefois elle nageait dans le bonheur. Aujourd’hui, elle a peur, car elle craint que son habitat ou que la terre elle-même disparaissent. Son ennemi juré, comme celui de beaucoup d’autres animaux : le changement climatique. 
Si ailleurs dans le monde, les signaux passent au rouge face au dérèglement climatique, Maurice n’est pas épargné par le phénomène et cela explique l’inquiétude exprimée par plusieurs jeunes Mauriciens. Inspirés par l’appel de la Suédoise Greta Thunberg qui a créé le mouvement Friday for Futures, ils se mobilisent dans la rue chaque premier vendredi du mois pour alerter le public sur ce qui nous guette si rien n’est fait pour freiner le changement climatique. Et si rien n’est fait, plusieurs espèces, à défaut de s’adapter, disparaîtront. C’est justement ce qui terrorise Pépita au plus haut point. 
« Grâce aux efforts de conservation de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), la population de mon espèce est aujourd’hui estimée à près de 350 crécerelles endémiques. Une prouesse si on tient compte du fait que d’autres espèces ont eu moins de chance, à l’instar du Puma Concolor Cougar qui s’est éteint en 2018 », dit Greta Thunberg tout en reprenant les grandes lignes d’une étude de conservation faite par l’équipe de conservateurs du Dr Vikash Tatayah qui est le directeur de conservation à la Mauritius Wild Life Foundation.

Des conditions environnementales les plus défavorables

Sion Henshaw nous précise pour sa part : « Ces oiseaux endémiques se nourrissent principalement des geckos, des lézards, des libellules, des souris, d’insectes et d’autres petits oiseaux comme le moineau ou le Kondé entre autres, selon les observations des biologistes en forêt ».  Et d’expliquer que lorsqu’il fait hyper chaud, surtout en période de sécheresse, les nids des Kestrels sont surchauffés causant ainsi la déshydratation des oisillons. Par ricochet, explique-t-il, cela peut entraîner leur mort : « Aussi, lorsqu’il fait chaud, les geckos qui sont leur principale source de nourriture ne sortent pas de leur cachette. Ainsi les Kestrels adultes n’ont pas à manger, ni pour eux ni pour leurs bébés ». 
Le Fauna Manager de la MWF indique aussi que les catastrophes naturelles, dont, notamment les cyclones, ont un impact direct sur la conservation de cette espèce menacée ainsi que sur l’écosystème dans lequel elle évolue. L’occurrence et l’intensité des pluies ont également une influence considérable sur l’écologie et la vie des crécerelles à Maurice depuis ces 40 dernières années. C’est ainsi que ces « Birds of Prey » se retrouvent encore dans des conditions environnementales extrêmement défavorables. D’où l’importance des recherches futures pour explorer l’impact de ce nouveau contexte expérimental sur la viabilité de cette population en danger, dit-il. Sion Henshaw en profite pour lancer un appel aux jeunes Mauriciens aspirant à être biologistes : que ceux qui souhaitent travailler sur les différents projets de la MWF les contactent !

Thursday, May 23, 2019

Île Ronde : sanctuaire pour la biodiversité



L'île Ronde est un espace de 219 hectares, situé à 22 km au nord de Maurice. Elle est réputée dans le monde entier pour la diversité de ses espèces menacées. Il n'y a pas eu de développement sur l'île dans le passé mais des herbivores non-indigènes tels que des chèvres et des lapins ont été introduits et ont presque détruit la forêt. La conservation et la restauration écologiques de l'île Ronde se font à travers une collaboration entre la Mauritian Wildlife Foundation, le ministère de l'Agro-industrie et de la sécurité alimentaire et Durrell Wildlife Conservation Trust.
Phil Lambdon, écologiste de la restauration des plantes de Durrell Wildlife Conservation Trust, souligne que «l'île Ronde est l'un des habitats les plus riches en faune endémique de Maurice». Les reptiles tels que le boa de l'île Ronde (Casarea dussumieri) et le scinque de Telfair (Leiolopisma telfairii) sont les habitants les plus connus. Les plantes, comme le palmiste bouteille (Hyophorbe lagenicaulis) et les oiseaux marins tels que le paille-en-queue, le fouquet et le pétrel dépendent également de cette île volcanique.

Ci-dessus, deux photos prises au même endroit mais à des années différentes, à gauche en 2004 et à droite en 2018. À côté, on se rend compte de l'attention qu'il faut accorder à la replantation sur l'île Ronde.
L'écologiste raconte que dans les années 70, les perspectives étaient sombres pour ces espèces. Les chèvres et les lapins, introduits au début des années 1800, avaient presque rasé l'île jusqu'à en faire un terrain vague, avec très peu de végétation restante. L'érosion avait enlevé une grande partie du sol et les reptiles étaient privés de nourriture et d'habitat. Le boa enfouis- seur de l'île Ronde (Bolyeria multoca- rinata), un serpent unique au monde qui menait une existence partiellement souterraine, a été perdu à tout jamais, tandis que d'autres étaient sur le point de disparaître.
«La situation tragique de l'île Ronde a suscité beaucoup d'inquiétude au niveau international et, grâce aux efforts concertés de nombreux biologistes en conservation, la situation s'est lentement transformée en une histoire à succès», déclare-t-il.
Des plans de sauvetage ont été élaborés par un consortium composé de la Mauritian Wildlife Foundation, du National Parks and Conservation Service, Forestry Service, du Department of Conservation de Nouvelle-Zélande et du Durrell Wildlife Conservation Trust du Royaume-Uni.
Il annonce que les chèvres et les lapins ont été éradiqués. Ensuite, le pro- cessus laborieux de végétalisation a commencé. Quelques espèces, telles que le latanier bleu (Latania loddigesii), avaient encore suffisamment de graines dormantes dans le sol pour pouvoir re- venir naturellement, mais la plus grande partie de la végétation devait être cultivée dans une petite pépinière improvisée et replantée dans la nature. Il mentionne que plus de 30 000 arbres et arbustes ont été plantés au cours des deux dernières décennies sur l'île.
Espèces difficiles à cultiver
Phil Lambdon explique qu'«autrefois, les expéditions duraient environ une se- maine sous des tentes et ne permettaient pas un bon suivi des plantes mises en terre. En 2002, une station a été construite pour loger le personnel afin qu'il puisse s'occuper des plants quotidiennement».
Un arbre peut prendre jusqu'à deux ans pour se développer pleinement à partir d'une graine, puis doit être transporté avec soin vers des sites appropriés. Une fois plantés, ils sont désherbés et arrosés chaque semaine pendant un an ou plus. L'un des plus gros problèmes, selon lui, était les conditions sèches et inhospitalières. Beaucoup sont morts inévitablement, mais ceux qui ont survécu sont aujourd'hui des arbres matures en bonne santé. «L'île est redevenue verte et n'est plus aussi désertique qu'avant. Les espèces mena- cées prospèrent», annonce-t-il.
Cependant, tous les problèmes n'ont pas été résolus. Phil Lambdon déclare que certaines des espèces les plus importantes sont difficiles à culti- ver. Avec tant de plantes, ce n'était pas évident de répertorier la situation. En 2018, la Fondation Mohammed Bin Zayed a financé un projet pour dresser un bilan scientifique permettant de restaurer plus efficacement, en particulier, le Bois d'ébène blanc (Diospyros egrettarum).
Grâce à ce nouveau bilan, nous avons maintenant une idée des pro- grès. Le latanier bleu a été multiplié par dix depuis 1980. Il y a 186 palmistes bouteille de plus d'un mètre de haut, alors qu'il n'en restait que six. Outre les palmiers, l'île compte aujourd'hui 10 434 autres arbres et arbustes endémiques et indigènes de 40 espèces différentes telles que Bois benzoin (Terminalia bentzoë), Bois clou (Eugenia lu- cida) et le Fangame (Stillingia lineata).
Chaque année, durant la saison de pluie, plus d'un millier de plantes endémiques et indigènes sont mises en terre. Sur la liste pour la présente année, on compte 22 espèces de plus de 1000 plantes, y compris plus de 250 nouvelles plantules de bois d'ébène blanc, qui seront plantées d'ici fin mai.
Au dire de Martine Goder de la Mauritian Wildlife Foundation, ces es- pèces sont importantes pour le bon équilibre de notre écosystème insulaire. Les animaux dépendent de ces plantes pour leur nourriture et leur abri. «Aujourd'hui, Maurice compte moins de 2 % de forêt indigène en raison de la déforestation et la forêt restante est menacée par des espèces végétales envahissantes.»


Wednesday, March 13, 2019

Article alarmant de la MWF - Parce qu'il faut parfois voir ce qui ne va pas pour avancer !

Dr Vikash Tatayah : «Il faut 100 ans au moins pour réhabiliter l’environnement»


Dr Vikash TatayahDr Vikash Tatayah
Le Dr Vikash Tatayah, directeur de conservation et assistant-trésorier de la Mauritian Wildlife Foundation, est d’avis que l’environnement à Maurice est dans une condition si dégradée qu’il est presque arrivé au point de non-retour.
« Le Rodriguais a une meilleure conscience écologique que le Mauricien. »
Quel constat faites-vous de la conservation à Maurice ?
La situation est catastrophique. Il ne reste que 1 % de forêt de bonne qualité. Ce qui reste (4 %) s’est fortement dégradé. Les côtes et les lagons sont en péril, puisqu’on construit dans les milieux humides. Les gens jettent leurs ordures partout. Les arbres enlevés ne sont pas remplacés. La situation est si grave qu’il faudrait cent ans pour y apporter un semblant d’ordre.
Les « wetlands » sont un atout touristique. Que pensez-vous du projet hôtelier aux Salines ?
Il faut savoir que presque toute la côte de Maurice est composée de zones humides. Ces zones incluent les rivières et les marais. Depuis l’indépendance, les gouvernants ont privilégié des hôtels ou des bungalows pieds dans l’eau tout le long de la côte. Certains propriétaires n’ont pas respecté les distances permises avec les berges des rivières. Donc, il n’y a pas que le projet aux Salines qui est concerné. Les wetlands permettent l’épuration des eaux, le contrôle des crues, le maintien des écosystèmes et la régulation de la quantité d’eau fournie par les écosystèmes. Mais c’est le cadet des soucis des décideurs politiques et des propriétaires de terrains.
New Mauritius Hotels  Ltd dit vouloir créer un « wetland » encore meilleur sur ces terrains...
C’est une aberration. Je ne suis pas contre le développement aux Salines de Rivière-Noire. Cela appuiera la croissance et créera des emplois. En revanche, je crois qu’on peut développer tout en conservant les espaces vitaux. C’est un atout touristique. Construire sur une zone humide pour créer une autre zone humide ? Je ne comprends pas pourquoi les promoteurs veulent toujours construire pieds dans l’eau pour les touristes. Je suggère à New Mauritius Hotels Ltd de construire à l’arrière et de conserver les wetlands qui sont devant.
En plantant des arbres et des plantes endémiques qui attirent les oiseaux, cette entreprise permettrait aux touristes de profiter de la mer tout en prenant connaissance de la faune et de la flore. Croyez-moi, ce serait un plus pour les touristes, car ils s’y intéressent beaucoup. Il faut aussi que le gouvernement songe aux plantes endémiques, au lieu de dépendre seulement des filaos pour les plages. Certains arbustes atteignent 20 mètres et ils sont ombrageux. Les oiseaux les préfèrent aux filaos.
Êtes-vous satisfait de la restauration d’habitats sur les îlots ?
À l’île-aux-Aigrettes seulement. Un formidable travail a été abattu pour retourner cette île à son état d’origine, que ce soit au niveau de la faune ou de la flore. C’est une grande victoire pour la biodiversité. L’île Plate et l’île Ronde sont des échecs. Surtout l’île Plate qui est dans un état déplorable.
Les chasses sont ravagées aussi…
Terriblement. On coupe sans discrimination. Les bois endémiques sont détruits. Les forêts se transforment en vastes plaines. On y introduit le sanglier qui dévore les racines des plants endémiques. Les cerfs broutent les plants et dégradent le sol. Plus rien ne reste. Au niveau des brisées, il y a un pourcentage à respecter. Mais on fait fi de cela.
Votre programme scolaire « Apprendre avec la nature » ne marche pas fort…
Nous organisons des sorties à l’île-aux-Aigrettes gratuitement pour les élèves du primaire et à un prix forfaitaire pour ceux du secondaire. Mais nous constatons que les chefs d’établissement ne semblent pas intéressés. Ils craignent peut-être qu’un élève soit victime d’un accident. Mais un accident peut se produire à tout moment et partout, pas seulement lors d’une excursion.
Notre action vise à sensibiliser les jeunes au respect de l’environnement. C’est d’eux que viendra le changement, si changement il y a. Plus tôt ils seront sensibilisés, mieux cela vaudra. Mais il faut bien que les chefs des établissements scolaires encouragent les apprenants à y aller.
Je me suis rendu en Israël. J’ai vu des étudiants encadrés par des enseignants vivre dans le désert pendant quelques jours, malgré les serpents, les scorpions, la chaleur, les risques de déshydratation et l’égarement en chemin. Mais cela fait partie du programme scolaire afin que les jeunes comprennent les enjeux environnementaux.
Il paraît que Rodrigues est en avance sur Maurice à ce sujet ?
Absolument. Le Rodriguais a compris que la pollution, la dégradation des sols et la pêche illégale ne peuvent que nuire à lui-même. Il a une meilleure conscience écologique. Là-bas, les autorités pratiquent la fermeture de la pêche à l’ourite deux fois l’an. Le plastique est interdit. La Mauritian Wildlife Foundation a créé une forêt endémique splendide à Grande-Montagne. Les Rodriguais en prennent grand soin. En comparaison, les Mauriciens ne sont pas éduqués. Ils ont reçu une instruction à l’école, c’est tout. Et les gouvernants font preuve de laxisme en matière d’environnement. On tarde à prendre des décisions. Et la bureaucratie est poussive.
La culture et l’environnement sont négligés. Qu’en est-il du patrimoine ?
Je ne critique aucun gouvernement en particulier. Mais c’est clair que la culture et l’environnement sont relégués à je ne sais quelle position par tous les gouvernements qui se succèdent. Ici, tout est une question d’économie et d’argent. La pollution, la laideur et des pans entiers de l’histoire s’effacent. Cela intéresse peu les gouvernants. Allez voir dans quel état se trouve le château Bénarès dans le Sud. Moi je dis que ce qui est historique à Maurice doit être préservé. On voit des ruines dans beaucoup de coins. Chacune cache une belle histoire. Payez des gens pour les recherches et réhabilitez ces ruines. De nombreux touristes sont cultivés. Ils apprécieront.
Vous plaidez aussi pour la cause des chauves-souris qui ont perdu leur habitat...
Effectivement. Je dois préciser que la chauve-souris consomme surtout les fruits et les feuilles des arbres endémiques et moins les mangues et les letchis. Le problème est qu’on a déboisé à outrance. On a détruit tout un espace vital pour ce mammifère. Où voulez-vous qu’il aille ? Il faut donc reboiser les montagnes et les rivières, où c’est encore possible. Les gens ont envahi les flancs des montagnes et construit sur des cours d’eau ou tout près.  
Que faut-il faire pour sauver l’environnement ?
À Maurice, nous avons un gros problème au niveau du suivi et de l’application des lois. Il faut adopter une politique ferme, sans concessions pour sauver l’environnement. Par exemple, des policiers ou des Coast Guards devraient être présents sur les plages. Ils pourraient dire gentiment aux gens : « S’il vous plaît, ramassez vos ordures et mettez-les dans un sac. » Après ils pourraient verbaliser les gens qui enfreignent les lois.
Il faut aussi créer de grandes pépinières. Il faut employer des gens pour enlever les arbres et plantes exotiques afin de les remplacer par des plantes endémiques sur les montagnes et les berges des rivières. Il faut bannir l’importation d’animaux et de plants exotiques. Cela nuit à la flore et à la faune locales. Il faut faire visiter aux étudiants, dès leur plus jeune âge, des sites naturels pour les sensibiliser à l’écologie. La Mauritian Wildlife Foundation fait ce qu’elle peut. Mais elle est une organisation non gouvernementale avec peu de moyens et les nouvelles règles de la National CSR Foundation nous enlèvent une partie de nos revenus.